
Financer des recherches-actions visant à mieux étudier les liens entre la pauvreté et le placement, objectiver et rendre publiques les causes des placements et chiffrer la population de l’ASE vivant en situation de pauvreté ou de grande pauvreté.
Constat
Les placements d’enfants sont parfois décidés dans des situations où la grande pauvreté joue un rôle déterminant mais sans être reconnue comme telle dans les décisions judiciaires. Il existe une "zone grise" au sein de laquelle les préjugés de classe et le manque d'accompagnement social des famille amènent à qualifier de "problèmes éducatifs" des difficultés qui relèvent en réalité des conséquences de la pauvreté. La Défenseure des droits et ATD Quart Monde soulignent le risque de placements motivés surtout par les conditions matérielles de vie, faute de soutien et de prévention adaptés.
La proposition
Financer des recherches-actions permettra de mieux comprendre comment la pauvreté et la grande pauvreté influencent, directement ou indirectement, les décisions de placement. Cette démarche a pour but de sortir de la « zone grise » où les conséquences de la misère sont interprétées comme des problèmes éducatifs. En objectivant et en rendant public les causes des placements (maltraitances, carences...), cette recommandation vise aussi à chiffrer précisément la part des enfants placés vivant dans la pauvreté ou la grande pauvreté et les phénomènes de répétition intergénérationnelle des placements. En agissant ainsi, les pratiques pourront évoluer et être complétées par un accès renforcé aux droits et services pour répondre aux besoins des familles. Les résultats des recherches-actions doivent permettre d’orienter les politiques nationales et départementales pour faire de la lutte contre la pauvreté des enfants un levier central des actions de prévention et d’accompagnement.
Où en est-on ?
Le Groupement d'Intérêt Public (GIP) France Enfance Protégée, en collaboration avec la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES), a lancé un appel à projets spécifique pour financer des recherches-actions "Pauvreté et ASE". Ce programme vise à croiser les fichiers de l'ASE avec les données de revenus (CNAF/FISC) pour établir enfin des statistiques nationales sur le niveau de vie des familles dont l'enfant est placé.
L'Observatoire National de la Protection de l'Enfance (ONPE) a publié les premiers résultats d'une étude sur le destin des enfants dont les parents ont eux-mêmes été placés. L'étude montre que la précarité économique est le facteur principal de la "répétition intergénérationnelle" du placement. Elle souligne que l'absence de capital économique à la sortie de l'ASE pour les parents augmente le risque de placement pour la génération suivante.
Exemples
Témoignages devant la commission Santiago (novembre 2024) : ATD Quart Monde a alerté sur la « terreur permanente » des familles en grande pauvreté face au placement, soulignant que l’immense majorité des enfants en ASE naissent dans des familles pauvres et que la pauvreté se reproduit de génération en génération, avec 700 000 enfants concernés par la grande pauvreté en France.
En Belgique, une étude-action est lancée pour documenter les placements liés à la précarité (notamment absence de logement chez mères isolées), visant à former les professionnels et éviter les séparations injustifiées : un modèle proche de la recommandation Santiago. La prise en compte des situations d'extrême pauvreté des familles est également citée dans le Plan d'action nationale Belge, Garantie européenne de la protection de l'enfance, 2022-2030.
Dans son rapport annuel consacré aux droits de l'enfant, la Défenseure des Droits, Claire Hédon, consacre un chapitre entier aux "biais de classe" dans les évaluations sociales.
En mars 2026, l'UNICEF France a publié un rapport alarmant sur la situation des mineurs en France. Le rapport souligne que 21,9 % des mineurs vivent sous le seuil de pauvreté en France en 2026 et dénonce l'augmentation du nombre d'enfants sans abri ou vivant à l'hôtel (plus de 32 000).
Projet de recherche-action "Pauvreté - Identité - Société" (ATD Quart Monde) : ATD Quart Monde Suisse utilise le croisement des savoirs (universitaires et personnes ayant l'expérience de la pauvreté) pour documenter comment la « pauvreté persistante » entraîne des placements extrafamiliaux sur plusieurs générations.
Âges concernés
Échelons d’action
Pour aller plus loin
- Recommandation n°20, p. 139 — Rapport de la commission d’enquête sur la protection de l’enfance (Assemblée nationale, 2025)
- Source complémentaire — mi-is.be
- Capelier, F. (2015). Comprendre la protection de l’enfance - L’enfance en danger face au droit. Journal du droit des jeunes, 345 - 346(5), 51-68
- Source complémentaire — dubasque.org
- Source complémentaire — atd.ch
- Source complémentaire — onpe.france-enfance-protegee.fr



